Stephen Harper a remporté une importante victoire tactique, même si mine de rien, il jouait pour la «coupe», c’est-à-dire pour un gouvernement majoritaire. Tout en gardant la plupart de ses positions, il a effectué une réelle percée dans les bastions urbains du Parti Libéral, notamment à Toronto et à Vancouver. Rétroactivement, on peut penser qu’Harper cependant n’a pas menti en prédisant un gouvernement minoritaire. Son calcul était de consolider ses positions, d’avancer, bref de progresser dans une stratégie de guerre de position à moyen et à long terme. Mission accomplie, peut-il se dire ce matin. La «coalition» Harper se stabilise et se renforce. Les secteurs stratégiques au sein des dominants, comme la grande finance (de Toronto) et le complexe énergétique multinational (de l’ouest) peuvent être contents de la performance de celui qui a un réel projet cohérent (à leurs yeux), pour «restructurer» le Canada autour de l’axe Toronto-Calgary. Une grande partie des couches «moyennes» disloquées par l’érosion de l’État keynésien est prête à continuer avec Harper, en partie par la «haine de classe» qu’elles vouent aux élites traditionnelles, en partie parce qu’elles ne voient pas d’alternative. Le «bloc réactionnaire» dans les régions de l’ouest et le centre du Québec signe et persiste, tel un «noyau dur» coalisé autour des thèmes populistes, démagogiques et agressifs (la haine du secteur public, la question de l’avortement, l’homophobie, etc.), et ce, dans une situation qui rappelle la force des Républicains d’extrême-droite aux États-Unis. Bref, tout cela tient le coup et permet aux Conservateurs de promettre un «meilleur monde», de droite, aligné sur les États-Unis, valorisant l’individu, les valeurs, etc.
par François Cyr et Pierre Beaudet
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